… mais réfléchissez-y avant.
En ce moment sur le forum de CoCyclics, (c’est beau, c’est bien, mangez-en!) il y a pas mal de fils intéressants auxquels je participe plus ou moins activement (je lis en fait beaucoup ce qui s’y passe, mais je commente peu).
Un des récents sujets à polémique concerne un article publié par le Boston Globe (en anglais) reportant le cas d’un CDI de lycée s’étant débarrassé de tous ses livres pour y installer un centre d’apprentissage fourni en ordinateurs et en ressources électroniques (apparemment une large offre documentaire numérique téléchargeable et des TV diffusant des informations en temps réel) ainsi qu’en e-books (18) et une cafétéria.
Ce concept de bibliothèque sans livres fait scandale, mais il n’est pas nouveau pour les bibliothécaires, loin de là. Je vous livre donc ici la petite analyse que j’ai pu faire sur le forum et fruit de nombreuses lectures et discussions sur le sujet.
Pour ma part, je suis donc plutôt partagée et en faveur d’une bibliothèque hybride (proposant les deux supports ou au moins une offre diversifiée de livres à télécharger sur e-book/clef usb/support X.)
La dématérialisation du support est une réalité et il faut savoir que les bibliothèques nordiques et anglo-saxonnes ont en général toujours une longueur d’avance sur nos bibliothèques. En France, on a un attachement au support livre qui ne se retrouve pas forcément dans d’autres pays (c’est culturel) et on a toujours un peu trainé les pieds concernant le numérique, ce qui explique en partie le retard des bibliothèques dans ce domaine aujourd’hui à l’échelle mondiale. Pour nous, il est inconcevable que le contenu existe sans l’objet. Or, cette notion est en train de changer.
Ce n’est pourtant pas la première révolution en matière de support (et sûrement pas la dernière) et il y a eu les même controverses lors du passage du rouleau au codex. Et n’oublions pas l’imprimerie.
De plus, les jeunes “nés avec une souris dans la bouche et un portable dans la main” ont des habitudes de lectures maintenant différentes (là où nous avons mal à la tête eux développent une forme de résistance).
Ce lycée prend les devants et passe à l’ère du tout numérique. En soit, ce n’est pas une mauvaise idée MAIS j’émets des doutes sur sa mise en place.
- la fracture numérique et la fracture sociale sont bien présentes et ce qu’importe le pays. Tout le monde ne saura pas se servir d’un livre numérique et encore moins faire une recherche probante. Tout le monde ne possédera pas non plus un ordinateur personnel (ou même un ordinateur tout court), Internet ou une clef usb/un e-book.
Par là certains élèves seront désavantagés. Je suis donc pour le prêt de clef usb ! (et la location d’ordinateurs portables personnels par les établissements)
- la bonne utilisation d’Internet et des ressources électroniques passent par une bonne médiation des bibliothécaires/documentalistes qui ne sont pas forcément formés eux-même. Dans un lycée cette tâche est également assez ardue (les élèves n’écoutent pas, soyons francs) ce qui peut aboutir à de la désinformation (Internet, c’est bien, mais on y trouve beaucoup de conneries aussi).
- L’article ne précise pas quel sera l’offre en livres numériques fournis par le CDI (et il y a confusion en e-book contenant et e-book contenu. Ils fournissent 18 e-book en durs, mais l’offre que l’on peut ramener chez soi par d’autres moyens n’est pas évoquée en chiffres) et comme Célia, je trouve dommage de limiter un CDI à un lieu d’apprentissage pur. A voir donc.
En bref, je suis plutôt pour dans l’idée générale, mais je pense qu’elle n’a pas été assez réfléchie par l’établissement.
Il faut prêter des ordinateurs/clefs-usb et former des bibliothécaires compétents en matière d’informatique (parce qu’en France, ça craint de ce côté là ; une épreuve du concours de bibliothécaire spécialisée est quand même encore du catalogage sur FICHES !).











