Aujourd’hui, parlons un peu de la censure !
Ces deux dernières semaines, je suis tombée sur la toile sur deux commentaires anodins qui m’ont pourtant passablement énervés.
Tous deux remettaient en question l’œuvre d’Orson Scott Card à la lumière de ses convictions et de sa confession mormone.
Ceci, ajouté au débat qui avait agité, il y a quelques mois, biblio.fr (RIP) concernant Dan Simmons, dont on nous incitait à boycotter l’œuvre car il aurait tenu des propos misogynes et homophobes, m’a fait réfléchir.
On a tendance à confondre l’écrivain avec son œuvre et, si cela peut se comprendre pour le tout un chacun, les personnes travaillant dans le monde du livre n’ont aucune excuse. C’est d’ailleurs une des premières choses que l’on apprend : l’écrivain en tant que personne est à dissocier de son œuvre et de ses personnages.
Ainsi :
- Ce n’est pas parce qu’un personnage tient des propos racistes, misogynes, homophobes que l’on doit assumer que c’est l’ écrivain qui parle par sa bouche.
- Et, de même, les convictions politiques/religieuses/sociales d’un auteur ne se retrouvent pas forcément dans son œuvre.
J’insiste sur le « pas forcément ». Il arrive que cela soit le cas et, il est vrai que lorsqu’on lit Twilight par exemple, il est difficile de passer à côté des chapitres entier consacrés aux convictions mormones de Stephenie Meyer (et quand on lit ça *il faut plisser les yeux, c’est petit* ça fait même sacrément peur).
Cependant, cela reste des cas isolés (du moins je l’espère) et je veux croire en l’esprit critique du lecteur qui saura faire de lui-même la part des choses.
Je n’ai pas lu Dan Simmons, donc je ne sais pas si ses convictions douteuses se retrouvent dans son œuvre (je ne pense pas, d’après ce qu’on m’en a dit) mais j’ai par contre lu tout le cycle d’Ender d’Orson Scott Card. Je ne dis pas qu’on y retrouve pas certains thèmes (chasteté etc…) mais ils ne nous sont pas donnés en exemple ou imposés. Je suis très sensible à ce genre de choses et je n’ai jamais eu l’impression en lisant le cycle que l’auteur s’en servait pour faire de la propagande. D’ailleurs je ne savais même pas qu’il était mormon avant d’entamer le troisième volume. Pourtant, je ne cautionne pas du tout ce qu’il peut dire dans ses articles et la plupart de ses opinions affichées vont totalement à l’encontre de mes convictions, mais comme c’est un grand écrivain (ce qu’on ne peut pas lui enlever) il a su faire la part des choses, tout comme devrait en être capable le lecteur et surtout le bibliothécaire.
Cela n’a aucun sens de boycotter un ouvrage sous prétexte que son auteur est raciste/xénophobe/antisémite/homophobe/misogyne/violent/ou même juste con. Si c’était le cas, les bibliothèques verraient leur volume réduit de moitié (au moins). Prenez Céline… a t-on déjà seulement songé à le censurer ? Non. Bon. Et pourtant c’était un vrai connard si vous me passez l’expression.
De plus, peut-être suis-je biaisée mais j’ai l’impression que le problème se pose moins lorsqu’il s’agit d’acteurs ou de chanteurs… Ceci dit, le pouvoir des livres et de leurs contenus « subversif » à toujours fait peur, plus je crois que le cinéma ou la chanson.
Enfin, ça m’attriste toujours un peu qu’on ne reconnaisse le plus souvent le pouvoir de la littérature que comme subversif.