Le parfait de la perfection 3/3

Raison 3 : Les failles des personnages qui se retrouvent comblées comme par magie (spoilers sur Eragon vol. 1 et 2)

Vous l’aurez compris maintenant, je n’aime pas les personnages parfaits. Mais alors, ce que j’aime encore moins que les personnages parfaits dès le départ ce sont ceux qui le deviennent. C’est là qu’Eragon a été trop loin pour moi.

Lorsque j’ai lu le premier livre, je me suis dit que ce n’était pas le livre du siècle, que le scénario ne cassait pas trois pattes à un canard, mais que ça se laissait lire. Il y avait même des choses sympas. Déjà, le héros qui était un peu trop parfait et classique à mon goût se retrouvait bien handicapé par une blessure dans le dos et en plus, en voulant bénir une petite orpheline (clichééééé), il lui balançait une malédiction. Ces petites choses montrait que le héros était faillible ! Bon point donc. Seulement voilà, dans le second volume, il se rend chez les elfes avec Arya (la princesse Elfe)… déjà ça, ça me plaisait pas trop. Durant 400 p. longues et ch…. il s’entraine et essaye d’apprendre à se battre avec son handicap et en se promettant de veiller sur la petite et tout ça. Soit, c’est pas palpitant, mais pour connaître la fin, j’aurais continué à lire. Seulement voilà, non seulement il apprend qu’il existe un moyen de sauver la gamine ce qui lui enlève toute sa culpabilité, mais en PLUS, lors d’une cérémonie du sang du dragon ou je sais pas quoi, il est :
- guérit de sa blessure dans le dos
- doté d’une force extraordinaire et d’une grande beauté
- … transformé en ELFE !

Permettez-moi de m’extraire les yeux et de les piétiner pour oublier. C’est la quintessence de ce que je ne supporte pas dans un roman quel qu’il soit. J’étais déjà bien ennuyée avant, mais avec ça, Paolini (le jeune auteur qui aurait sûrement voulu être un elfe) m’a complètement perdu. Je n’avais encore jamais lu un tel degré de heu… perfectitude instantanée !

C’est aussi ce qui me donne d’ailleurs de gros apriori sur Twilight, parce que je sais certaines choses sur le déroulement de l’histoire, et sur Bella en particulier, qui me bloquent. Je vais quand même les lire pour me faire ma propre idée et arrêter de me laisser influencer de tous les côtés, mais … ouais, je ne sais pas trop ce qu’il en ressortira parce qu’il s’agit quand même de mon plus gros facteur d’arrêt de lecture immédiat.

Je n’aime pas la perfection des personnages, parce qu’un être parfait n’a aucune chance d’évoluer et que par conséquent il ne possède aucune épaisseur. Pour moi il a donc souvent autant d’intérêt qu’un pot de fleurs. Les failles sont absolument nécessaires à un personnage pour qu’il soit un reflet de la vie réelle. Imaginez un monde parfait peuplé d’êtres parfaits… franchement, on se ferait bien ch***.
Bon contre exemple d’Eragon, le cas des quatre personnages principaux d’Everworld, le roman en trois (gros) tomes de K.A Applegate.

(attention, petits spoilers mineurs sur le début de l’histoire)
Très vite résumé, Everworld est l’histoire de quatre adolescents qui se retrouvent transportés dans un monde peuplé uniquement de dieux mythologiques qui les voient pour la plupart comme de jolis biscuits à tremper dans le sang d’autres de leurs victimes.
* April, la seule fille du groupe est féministe et très chrétienne, mais vouant une haine féroce à sa sœur Senna (responsable de leur petit voyage imprévu). Ses convictions très arrêtées mais souvent paradoxales vont mettre le groupe parfois dans de bien mauvaises situations et elle sera forcée de revoir entièrement sa façon d’envisager le monde.
* Jalil, lui, est un jeune garçon très intelligent et très cartésien (il trouve des explications à tout) mais perclus de tocs qui lui pourrissent la vie. Lorsqu’il est dans Everworld, ses tocs disparaissent ce qui bien sûr le soulage grandement mais le change aussi beaucoup, ce dont il ne se rend pas compte tout de suite. Son personnage est ainsi constamment déchiré entre le Jalil du monde réel et le Jalil d’Everworld ce qui le rend très intéressant.
* Christopher. Sexiste, un peu raciste et un peu homophobe aussi. Et surtout très con. C’est le personnage qui évolue le plus à mon avis au contact des autres (surtout de Ganymède) tout en restant lui-même ce qui est quand même un tour de force!
* David. En arrivant à Everworld et en se rendant compte que la moitié des dieux en veulent à sa vie, se cher David s’oublie de peur dans son pantalon. Cet accident qu’il considère comme particulièrement honteux va le changer du tout au tout et décider de son destin dans Everworld. Résolu à prouver sa valeur, il sera celui qui voudra le plus rester dans ce monde là où il peut s’accomplir en tant qu’ homme courageux (enfin il aimerait bien, il est surtout très manipulé et manipulable).

Ainsi, en plus d’être une très jolie fable sur le passage à l’âge adulte (choix entre un monde   imaginaire et le monde réel), Everworld présente donc une galerie très intéressante de personnages tous plus faillibles les uns que les autres et qui se retrouvent à passer leur temps à fuir parce qu’il n’y a bien que ça a faire.
C’est absolument génial ! Et, si vous ne l’avez pas encore lu, je vous le conseille vivement !

Et voilà, non seulement j’ai envie de relire Everworld maintenant, mais en plus c’est la fin de mes trois petits posts sur la perfection ! La prochaine fois (mis à part les posts livres), on parlera de publication !

5 Réponses vers “Le parfait de la perfection 3/3”


  1. 1 Boite en carton janvier 21, 2009 à 8:14

    tout pareil !
    Je pense qu’à l’adolescence on aime les héros parfaits parce qu’on réalise pleinement que le monde a ses lacunes, les profs, les parents et tout ça.On leur en veux beaucoup et on se dit “moi, je serais mieux qu’eux !” Mais au final, comme adulte, on ne fait pas mieux, on fait simplement au mieux et parfois il faut se contenter des efforts qu’on a fait pour y parvenir… (fin de l’auto analyse et des désillusions de l’adolescence calamiteuse :) )
    Et c’est mla faute des parents aussi. On passe notre temps à dire à nos enfants d’être sage et gentil et pas faire de bêtise (être parfaiyt, quoi) et en même temps, se sont leur bêtises et leur rouerie qui nous font le plus craquer.

  2. 2 Boite en carton janvier 21, 2009 à 8:45

    zut, fausse manip… c’est parti tout seul.
    Dans le seigneur des anneaux, mon personnage préféré, c’est Faramir. (allez savoir pourquoi, il n’a que quelques lignes) mais ado, je l’admirai particulièrement.
    Déjà, il n’est pas le fils préféré et parfait.
    Ensuite, il a ce grand moment dans le livre (qui est pourri dans le film et le leur en veux particulièrement pour ça !!!) c’est qu’il est tenté comme les autres par l’anneau et qu’il va surmonter la tentation et laisser partir Frodo.
    Aragorn est tellement parfait qu’il n’a pas d’intérêt.

    Personnellement, ce que je déteste plus que les personnage parfait, ce sont les personnages immaculés.
    je ne sais pas comment les appeler, mais ce sont ces personnages, souvent des mary-sue, a qui il arrive des trucs horribles et traumatisants et qui s’en sortent sans séquelle.
    deuil, échec, blessure, agression… et deux chapitres plus loin la grandeur du personnage lui a permis de surmonter le truc plein de pathos du chapitre précédent. grrrrr !
    Mais dans la vraie vie, les blessures ça fait mal, ça fait douter, ça fait maudire, haïr, ça rend fragile, égoïste, tout ce qu’on veut mais ça rend pas parfait.

  3. 3 elicad janvier 21, 2009 à 9:41

    Christopher ! <3<3<3 (je veillerai à poster un avis plus constructif demain, là il est tard et je n’ai toujours pas mangé, donc bon, c’est hyper limité !)
    Ah si, il y a aussi une particularité que l’on retrouve chez beaucoup de jeunes auteuses de fandom (et peut-être aussi de jeunes auteurs) et dans certaines littératures : la caractéristique physique qui fait classe (l’oeil borgne et la cicatrice sur la joue sont quand même des gros classiques) sans qu’on ait la moindre explication sur le pourquoi du comment, et sans que cette caractéristique ait une quelconque incidence sur le personnage, à part le rendre classe. Ca m’insupporte surtout pour les tatouages j’avoue, qui pour moi ont une signification bien plus profonde que le simple "il a fait son ado rebelle et il s’est fait tatoué un dragon à cinq têtes et six couleurs dans le dos"
    Bon ça n’a rien à voir avec la perfectitude mais c’est un truc qui me titille souvent (mais je pense que ça se remarque dans ce que j’écris, où les personnages ont soit un physique hyper passe partout, au moins au début (comme Alfred ou Dalaan) soit sont marqués pour des raisons évidentes (comme Alex <3) et pas forcément hyper glamour)

  4. 4 elicad janvier 21, 2009 à 9:42

    … hm quoique pas tout à fait, je fait mon hypocrite, la marque donne aussi une dimension iconique au personnage.
    Alors en fait je vais aller manger, et je concocte un article là-dessus pour dans quelques jours, ce sera plus raisonnable ^^;

  5. 5 Intercalaire janvier 23, 2009 à 1:48

    >> Boite en carton : Déjà à l’adolescence et même gamine les personnages parfaits ne me plaisaient pas ! J’ai toujours eu tendance à privilégier ces personnages du fonds sous exploités que je trouvais plus intéressant à développer.
    J’aime aussi beaucoup Faramir et comme tu le soulignes justement, plus dans les livres où il a un grand rôle de personnage qui doute que dans les films. C’est un autre très bon exemple de personnage qui doute !
    Je range les immaculés dans la même boite que les personnages parfaits, mais je dirais qu’ils m’insupportent sans doute encore plus. J’en veux ainsi beaucoup à l’écrivain quand des sujets aussi graves que le viol ou une agression sont traités par dessus la jambe et ne servent à rendre l’héroïne qu’encore plus malheureuse et héroïque. Il y a certaines choses comme ça qui me hérissent vraiment dans la fiction.

    Céliou >> Alors je ne saurais être plus d’accord avec toi ! Et je rajouterai même autre chose : Il faut varier les marques physiques !!! Moi je veux des unijambistes, des grands brulés et des pieds bots ou des nez cassés ! Assez des borgnes et des balafrés, c’est dépassé ! ^o^ (enfin non, mais c’est toujours la même chose, il faut varier)


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