J’ai beaucoup de mal à parler de publication parce que lorsque j’essaye de donner mon avis, je parais très vite méprisante et je finis même parfois par me fâcher avec les gens, ce qui n’est pas du tout le but. Le problème vient du fait que je suis un peu bizarre pour certaines choses et que ce qui paraît profondément logique à quelqu’un ne le sera pas forcément pour moi et inversement. Ainsi, il y a beaucoup de choses que je ne « comprends pas ». Je ne les méprise pas et je ne les juge pas, je ne les comprends pas et cela fait une grosse différence. Cela veut juste dire que je ne parviens pas à éprouver de l’empathie avec la personne qui va me parler du sujet en particulier, ce qui ne va pas m’empêcher de la soutenir dans la mesure de mes moyens.
Il y a donc beaucoup de choses que je ne comprends pas dans le métier d’écrivain. Peut-être est-ce parce que je voulais le devenir moi même, il y a bien dix ans, et que je me suis vite rendue compte que je n’avais pas ce petit plus qui fait un bon écrivain. Je suis persuadée qu’on ne nait pas écrivain et qu’on le devient mais, tout comme pour un artiste, il est nécessaire de posséder ce que j’appelle « la flamme ». Je ne pense pas l’avoir (ou si je l’ai, je ne l’ai pas trouvée) et j’en ai rapidement fait mon deuil. J’écris maintenant uniquement pour mon plaisir et me suis tournée vers la bibliothèque parce que j’ai toujours été meilleure médiatrice qu’écrivaine. La question de la publication revient cependant me triturer les pensées de manière régulière. J’en parle forcément beaucoup avec Célia (nous sommes d’accord sur le fait que nous ne sommes pas d’accord) et le sujet m’a re-titillé lorsque j’ai lu ce post dernièrement.
Il y a peut-être un ou deux ans, un questionnaire très en vogue se diffusait sur Internet. Il s’agissait de nommer les sept choses qu’on aimerait faire avant de mourir. Je suis une des rares à ne pas avoir mis : « être publiée » et j’avoue ne pas du tout comprendre cette fascination qu’exerce la publication sur les gens. Est-ce que parce qu’être publié signifie pour beaucoup être lus ? Ou alors, parce que cela valide l’existence de l’écrivain ? Je n’y ai personnellement pas de réponses, parce que je pense qu’être publié ne signifie pas forcément être lu et que cela ne fait pas non plus l’écrivain. Il y a quelques personnes que je connais (elles se comptent sur les doigts d’une main) qui ne sont pas publiées et que je considère comme des écrivains et beaucoup plus qui, bien que sur le marché, ne le sont pas du tout. Être publié n’est pas non plus un gage de qualité. D’ailleurs, les apprentis écrivains sont les premiers à le reconnaître : le marché est pleins de bouquins qui n’ont qu’une valeur commerciale et dont on ne se souviendra plus dans une demi-dizaine d’année. Donc, ma question reste posée ? Pourquoi ? Pour le rêve d’appartenir à la minorité qui pourra vivre de sa plume ? Pour l’argent ? Mon métier m’a permit, de par mes études, d’être en contact avec le monde de l’édition que je connais donc un petit peu. Je sais, par exemple, que seul un manuscrit sur 1000 est publié et que les éditeurs (je parle des grosses maisons, moins des petites) sont avant tout des commerciaux avant d’être des professionnels du livre. Vous aurez donc beau écrire quelque chose de génial, si cela ne se vend pas, ça ne sera pas édité. On ne vit plus de l’écriture. C’est moche à dire, mais c’est vrai. Ceux qui en vivent sont très peu nombreux et publier une fois n’assurera pas forcément un revenu régulier. Je me suis d’ailleurs fâchée avec une fille de ma promo à l’IUT parce que les gens qui décident qu’ils vont se consacrer à l’écriture et qui ne réalisent pas au bout d’un moment que ça ne va pas marcher du premier coup, mais refuse de travailler pour avoir à manger dans leur assiette sous prétexte que « mon métier c’est écrivain », et bien ces gens là m’énerve grandement (et cette phrase est trop longue).
De la découle ma seconde interrogation : A quoi cela sert-il de « faire la pute » pour se faire éditer ? Par là j’entends, écrire un premier roman bateau « publiable » pour ensuite publier ce qu’on veut. Bon, je comprends je concept, bien sûr, mais ça me fait me demander en fait Pourquoi on écrit ? Pour moi un écrivain, ce n’est pas quelqu’un qui publie, c’est quelqu’un qui aime écrire, mais aussi qui écrit parce qu’il a quelque chose à dire et à partager. Écrire pour publier, je ne comprends tout simplement pas et j’irais même plus loin en disant que s’il y a tant de mauvais livres sur le marché, c’est en partie à cause de ça. (c’est là en général que je me fâche avec les gens). C’est un cercle vicieux un peu schizophrène finalement.
Attention, je ne dis pas que personne ne devrait se faire éditer et que l’édition c’est nul. Pas du tout, ce n’était pas le propos de ce très long post. Mon but était plutôt d’essayer de comprendre (éventuellement avec votre aide, vous qui me lisez) pourquoi cette folie de la publication semble toucher tout le monde sauf moi. C’est une question que je me pose depuis longtemps, donc si vous avez des réponses, je serais ravie d’en discuter. Parce que pour l’instant je n’ai jamais eu de réponse qui me satisfasse.


