Muchacho
Emmanuel Lepage
2 volumes
Dupuis – collection air libre
Histoire
Nicaragua, 1976. Le pays est déchiré par la guerre civile et soumis à un régime extrêmement répressif.
Gabriel, jeune séminariste, arrive dans le village de San Juan pour y peindre une fresque sur le mur d’une église. Gabriel est doué – très doué même – et c’est bien pour cela qu’il a été choisi. Seulement, le prêtre local qui le loge et l’aide dans sa tache remarque très vite que si le jeune garçon possède la technique, ses peintures n’ont pas d’âmes car il ne sait pas peindre en “soulevant la peau des choses”. Il va donc lui enseigner à peindre la passion et le vivant en regardant d’un oeil neuf la vie autour de lui, en commençant tout simplement par les habitants de San Juan.
Gabriel commence donc à regarder et à dessiner. Il noircit ainsi des pages et des pages de visages et de corps plus ou moins anonymes mais découvre également la réalité d’un pays en guerre et de larépression.
De simple spectateur il va se retrouver acteur pour finir par comprendre enfin ce qu’est la réalité de ces hommes dont il couche les traits sur son cahier.
Impression personnelle
Ma première impression lorsque j’ai ouvert le livre sur la splendide première page a été de me dire : WOW ! Moi aussi un jour je veux arriver à faire ça.
je connaissais déjà Emmanuel Lepage pour son travail sur la série Névé (à lire !) mais à ma grande honte, je n’avais jamais rien lu d’autre de lui. Le gouffre entre le dessin de cette série et Muchacho est énorme. Non pas que Névé ne soit pas une très belle BD, au contraire, mais Muchacho explore les jeux de lumière en utilisant des verts vibrants mis en valeur par un jeu très riche de jaunes, d’oranges et de rouges.
Le tout est vraiment très très beau et bien entendu servi par le trait sensible et sensuel du dessinateur qui sait très bien peindre la vie en “soulevant la peau des choses”. Quelques petits exemples et la première page en question.
Si la BD n’avait été qu’un chef d’œuvre du point de vue des illustrations, elle aurait certes value la peine que l’on se penche dessus, mais Lepage réussi magistralement à allier un art consommé du dessin à un talent de conteur polémique et touchant. L’album, acclamé par la critique, vaut véritablement toutes les louanges qu’on lui fait.
Muchacho, c’est beau, c’est grand et ça fiche une monstrueuse claque ! Jamais jusqu’ici une BD ne m’avait fait une telle impression (même si j’en ai déjà lues de très très bonnes). C’est bien sûr ma sensibilité personnelle qui parle, mais je suis certaine que ce ressenti a du être partagé par de nombreuses personnes.
Je vous encourage donc vivement à ouvrir cette BD et à lui donner sa chance, vous ne serez certainement pas déçus.
Note : 10/10 (c’est le deuxième en moins d’un mois !)
La route