A la croisé des mondes (His Dark Materials) de Philip Pullman
- 1995 : Les Royaumes du Nord (Northern Lights)
- 1997 : La Tour des anges (The Subtle Knife)
- 2002 : Le Miroir d’ambre (The Amber Spyglass)
De temps en temps, j’aime bien lire des romans jeunesses ou pour ado et, comme j’ai beaucoup de transports actuellement, je me suis dit qu’il était temps d’en profiter pour finir A la croisé des mondes que j’avais commencé l’année dernière !
Je sais que tout le monde ou quasi l’a déjà lu sauf moi, mais on dira que je ne fais rien comme tout le monde. Ce qui m’a motivé en tout cas à me pencher sur cet ouvrage est clairement la réputation qui le précède ! J’aime les bons livres, quels que soit la tranche d’âge auxquels ils s’adressent (et si vous dénigrez la littérature jeunesse, vous ne savez pas ce que vous ratez ; il existe de magnifiques albums et de très très bons livres !)
Bref, après un début un peu mou à mon goût (peut-être du au fait que j’ai lu le premier volume en anglais et que la langue de Philip Pullman est très riche et donc difficile pour une personne n’étant pas totalement billingue), A la croisée des mondes s’est révélé être une excellente surprise, mais j’y reviendrais !
Histoire (1er volume)
A la croisé des mondes se passent dans plusieurs mondes différents comme son. Il y en a un légèrement différent du notre (avec des zeppelins et des daemons *une partie de l’âme humaine visible à côté de la personne sous la forme d’un petit animal*) et le notre principalement.
Les royaumes du nord (tome1) prend place dans le premier. Nous y suivons Lyra, une petite fille un peu garçon manqué qui se retrouve prise dans des évènements qu’elle ne comprend pas très bien suite à une affaire d’enlèvement d’enfants (son meilleur ami est enlevé et elle part à sa recherche). Son voyage vers le Nord va lui apprendre beaucoup de choses aussi bien sur ses origines que sur la Poussière, ce concept relativement abstrait reliant les personnes les unes aux autres (et à leur daemon) et qui permet en fait le passage d’une dimension a une autre. Avant son départ, on lui remettra également un « aléthiomètre », sorte de petite boussole disant toujours la vérité et qui lui sera bien utile dans certaines situations (et très convoité par la Magisterium ; autorité religieuse qui semble étendre son influence sur les différents mondes)
Mon avis
A la croisé des mondes est une trilogie extrêmes riche, tant au niveau de la langue et du style que des thèmes abordés qui sont bien plus philosophiques qu’ils n’en n’ont l’air.
Si le premier volume pose les personnages ainsi que les grandes lignes, on pénètre dans le cœur du sujet à partir du second tome seulement. Inutile de dire que si j’ai trouvé le premier plaisant tout au plus, j’ai été nettement plus emballée par la suite.
A travers son histoire et ses personnages, Philip Pullman nous raconte sous la forme d’un conte une histoire de la Genèse modifiée (où les références bibliques sont nombreuses et incompréhensibles pour quelqu’un n’ayant pas étudié l’ancien testament) remettant profondément en question le culte et plus spécialement l’Eglise (représenté par le Magisterium) et les crimes commis en son nom. Glorifiant le personnage d’Eve (qui a fait le bon choix en choisissant la connaissance) et du serpent les trois romans remettent ainsi l’existence de Dieu et de la croyance en question sur fond de manipulation et de despotisme.
Le roman a ainsi été, lors de sa sortie, sujet à de nombreuses controverses car il présente l’Eglise sous son plus mauvais jour et condamne fermement le Dieu despotique et vengeur présenté par l’ancien testament (l’idée d’un Dieu miséricordieux n’apparait que dans le nouveaux). Plus on avance dans sa lecture, plus les critiques se font fortes, allant jusqu’à prendre un petit goût de sacrilège. Mary Malone, l’un des personnages principaux, ancienne nonne ayant perdu la foi, affirme par exemple que « La religion chrétienne n’est rien de plus qu’une très puissante et très convaincante erreur ».
Le roman en général repousse toute idée d’autorité à travers le personnage de Lyra et remet foncièrement en cause les actions provoquées par l’idée d’une morale dictée par une institution quelconque.
Après avoir lu certaines critiques, j’ai constaté qu’une partie reprochait au roman de ne pas faire de concession et de ne pas présenter la religion et sa pratique comme quelque chose pouvant être bonne et par là montrant un profond irrespect pour les croyants. Je ne suis pas vraiment d’accord sur ce point. D’après moi, il s’agit bien plus d’une critique du dogmatisme, du totalitarisme et des crimes commis par l’Eglise (ou de toute institution religieuse en générale) au nom de Dieu et de la religion (quelle qu’elle soit) plutôt qu’une véritable attaque de la religion en tant que telle. Il ne faut pas oublier non plus qu’il s’agit avant tout d’une fiction et que les faits sont volontairement déformés pour présenter le Magisterium comme une institution foncièrement mauvaise (ce qui n’est pas forcément le cas de notre Eglise, il ne faut pas exagérer). Après que l’on y voit des parallèles avec l’Eglise de notre propre société, c’est un choix. J’avoue cependant aimer cette ambigüité et m’être délectée de petites allusions servies par une connaissance approfondie des bases des grandes religions monothéistes.
J’ai également pris le livre comme une véritable ôde au libre arbitre et à l’affirmation de soit (à travers le passage à l’âge adulte. Pour grandir, Lyra doit se rebeller contre l’ordre établi, remettre en cause la moral et former peu à peu sa propre ligne de conduite au détriment finalement d’une partie de son innocence.
Le talent de Philip Pullman est de faire passer toutes ces idées et ces concepts dans une trilogie destinée à un public jeune tout en restant compréhensible et en ne tombant pas dans l’extrême. Il possède incontestablement un grand talent de conteur et à réussi l’exploit de produire un roman intelligent pouvant se lire sur deux niveaux suivant l’âge et les connaissances du lecteur.
A mon goût c’est un véritable tour de force et dénote d’une grande maîtrise de l’écriture. Un classique jeunesse qui mérite donc d’être lu aussi bien par les enfants que par les adultes.
Note : 9/10