La bibliothèque de Mériadeck de Bordeaux (la très grande pour ceux qui ne situeraient pas) organise plusieurs conférences sur le thème de la censure en bibliothèque et a invité plus ou moins dans ce cadre l’écrivain Pascal Quignard jeudi dernier pour promouvoir son dernier livre La nuit sexuelle.
J’y suis allée sur les recommandations de plusieurs de mes professeurs (je ne connaissais pas du tout Pascal Quignard avant) et j’ai trouvé son intervention très interessante.
Son livre porte sur l’image originelle de la conception qui selon lui manquerait à notre âme et y créerait une part de nuit dont souvent nous n’avons pas conscience. Il a ainsi regroupé des peintures/estampes/dessins dites “indécents” traduisant cette part de nuit présente dans chaque individu. Chaque pièce est accompagné d’un texte original ou du commentaire d’un texte classique (les peintures que nous avons vu représentaient souvent des scènes de la mythologie qu’Ovide a relaté dans les Métamophoses).
Je vous remets ici son petit texte d’introduction.
Quand on sonde le fond de son coeur dans le silence de la nuit on a honte de l’indigence des images que nous nous sommes formées sur la joie. Je n’étais pas là la nuit oùj’ai été conçu. Une image manque dans l’âme. On appelle cette image qui manque ‘l’ origine’. Nous cherchons cette image inexistante derrière tout ce qu’on voit. Je cherche à faire un pas de plus vers la source de l’effroi que les hommes ressentent quand ils songent à ce qu’ils furent avant que leur corps projette une ombre dans ce monde. Si derrière la fascination, il y a l’image qui manque, derrière l’image qui manque, il y a encore quelque chose : la nuit’. (source : Evene)
Sur un thème proche, la BNF organise du 04/12 au 02/03 une exposition intitulée : L’Enfer de la bibliothèque, éros au secret. (interdite aux moins de 16 ans)
extrait de la page concernée : Pour le grand public contemporain, l’Enfer de la Bibliothèque s’entend comme une légende, un fantasme, le territoire majeur de l’interdit qui alimente en retour toutes les curiosités. Mais l’écart est grand entre ce mythe et la réalité. Aussi l’ambition de l’exposition que la BnF consacre à cette part obscure de ses collections consiste-t-elle à lever le voile sur la vérité de l’Enfer. Il convient d’abord de retracer l’histoire, pleine de surprises, de la constitution de ce lieu abstrait, mental – une « cote », un numéro de classement qui le désigne à la consultation « réservée » – où sont rassemblés textes et images réputés contraires aux bonnes mœurs. L’exposition propose un double parcours. L’un concerne l’histoire : comment l’Enfer s’est-il constitué au département des Imprimés et au département des Estampes ? Comment a-t-il évolué ? Le second propose une déambulation à travers le contenu de l’Enfer : quels sont les livres, les documents, les images que l’on a classés là ? Ces parcours à travers la littérature telle qu’elle n’est pas enseignée vont à la rencontre d’un monde imaginaire où les personnages obéissent à toutes les fantaisies du désir, où l’excès de la parole devient pamphlétaire et le discours politique, pornographique.
Comme je serai à Paris en janvier pour passer le concours de catégorie B, j’irai certainement y faire un tour. (vous pourrez lire mon compte rendu ici.)
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